
Bangui, 11 juin 2026
La salle d’audience du Tribunal de Grande Instance de Bangui vibrait d’une émotion particulière ce mercredi matin. Elles étaient nombreuses — femmes leaders, militantes des droits humains, membres d’organisations de la société civile et juristes — à avoir fait le déplacement pour assister au délibéré très attendu de l’affaire opposant M. Gilles Ionel Gouandjika aux organisations féminines et civiles qui avaient porté plainte contre lui. Parmi elles, les membres de l’Association des Femmes Juristes de Centrafrique (AFJC), présentes en nombre, debout et déterminées, comme elles l’avaient été depuis le premier jour de cette procédure.
Le verdict est tombé : M. Gilles Ionel Gouandjika est reconnu coupable de diffamation et d’injures publiques.
Un jugement aux multiples dimensions
Le Tribunal de Grande Instance de Bangui a prononcé une condamnation à 18 mois d’emprisonnement avec sursis, assortie d’une amende de 400 000 francs CFA. Sur le volet civil, M. Gouandjika est condamné à verser 1 franc symbolique de dommages et intérêts aux parties civiles — un franc qui vaut bien plus que sa valeur nominale, car il consacre juridiquement le préjudice subi par les plaignantes.
Mais le tribunal ne s’est pas arrêté là. Il a ordonné deux mesures à caractère réparateur et public particulièrement remarquables :
- Le retrait immédiat de la publication litigieuse de la page personnelle du condamné sur les réseaux sociaux.
- La publication du jugement dans les journaux de la place, aux frais exclusifs de M. Gouandjika.
Cette dernière disposition est sans doute l’une des plus significatives. Elle impose à l’auteur des propos injurieux de financer lui-même la diffusion de sa propre condamnation — une forme de réparation symbolique, publique et mémorielle, qui dépasse le cadre strictement pénal.
Une mobilisation féminine remarquable
La présence massive des femmes leaders dans la salle d’audience n’est pas passée inaperçue. Représentantes d’associations féminines, défenseures des droits humains, militantes de la société civile, membres de l’AFJC — toutes étaient là, côte à côte, pour recevoir un verdict qui les concerne toutes.
Cette mobilisation dit quelque chose d’important sur l’état de la conscience civique féminine en République Centrafricaine : les femmes ne subissent plus en silence. Elles documentent, elles plaident, elles plaident et, désormais, elles gagnent devant les tribunaux.

La présidente de l’AFJC, Mme Irène MOUSSA KEMBE, a exprimé sa satisfaction à l’issue de l’audience :
« Ce verdict est une victoire pour toutes les femmes centrafricaines. Il rappelle à chacun que la dignité des femmes n’est pas négociable, ni dans la rue, ni sur les réseaux sociaux. »
Ce procès est une illustration concrète de ce que l’AFJC défend depuis 1992 : que la justice soit accessible à toutes, que la dignité des femmes soit protégée par la loi, et que l’impunité — sous toutes ses formes — ait un coût.







